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Que me restera-t-il quand j’aurai tout oublié ?

16 janvier 2014

Pour mon père, parti il y a six mois dans l’autre monde, à presque 97 ans, c’était

  • la citation à l’ordre de l’Armée de son père mort en 1915 dans l’Artois, avant sa naissance
  • le “Notre Père”
  • le “Corbeau et le Renard” de La Fontaine

la trace des trois fortes institutions qui l’ont formé: l’Ecole, l’Eglise et l’Armée.

Moi qui n’a jamais été capable de par coeur et qui a été plus influencé par des personnes que par des institutions, que me restera-t-il ?

La poésie que j’adore ne me laisse que des mots et des images, rarement plus d’une phrase.

Les prières apprises me servent de supports pour mes propres méditations-prières.

De la République et de ses Grands Hommes il me reste beaucoup de références citoyennes qui me structurent profondément, mais bien peu de dates et citations!

L’abbé Moreux

16 août 2009

A mon vieux père qui, de nos jours où la science ne s’effraie plus des dimensions de l’univers, s’étonne lui de s’en effrayer et de n’en avoir pas été instruit dans son jeune âge (sic), je rappelais qu’à côté de tous les grands savants laïcs de la fin du XIXe siècle il y avait, déjà dans son enfance, des savants chrétiens. L’Abbé Moreux figurait en bonne place parmi ceux-ci dans la bibliothèque de l’oncle qui l’avait recueilli jeune orphelin. Mais l’astronomie ne l’intéressait pas, voilà tout. Ce fût tout le contraire pour moi, j’ai dévoré Moreux avant Flammarion. Plus tard j’ai été passionné par Teilhard de Chardin. Les dimensions de l’Univers et du Temps sont depuis les fondations de ma pensée toujours étonnée et admirative. Un peu comme Pascal, je me demande souvent: “Qui est donc l’Homme, si petit point compris dans le Cosmos, pour croire qu’il peut comprendre l’Univers?”

En ce temps de rapprochement des planètes aux yeux des terriens (Mars il y a peu, Jupiter en ce moment), il est plaisant de relire l’Abbé Moreux s’émerveillant derrière son télescope.

Le vieux et sa bibliothèque

2 septembre 2008

(pour Anne R.)
On connaît la phrase célèbre d’Amadou Hampaté Bâ : “En Afrique quand un vieillard meurt c’est toute une bibliothèque qui brûle”. De ma récente expérience de déménagement de mes archives personnelles j’ai retenu ceci:

  • tout ce qui n’est que copie - “pour l’usage privé du copiste” - peut être jeté tant qu’il existe d’autres copies accessibles ailleurs, en particulier toutes les “publications”; en donnant à des bibliothèques peu pourvues on augmente cette accessibilité
  • méritent d’être conservés les documents originaux “typiques” ou “échantillons” et les documents de travail inachevé (notes, esquisses, récapitulatifs, analyses, etc..) pourvu que… l’intention de le poursuivre soit toujours vivante!
  • m’apparaissent comme documents les plus précieux: les annuaires, les correspondances suivies et les cahiers de notes chronologiques
  • le classement est parfois - souvent! - plus important que le contenu classé qui peut être sans grande originalité: il témoigne d’une interprétation, d’une intention descriptive ou démonstrative; pour paraphraser Mac Luhan je dirai “le parcours (d’interprétation) est le message”. Donc classer et reclasser c’est poursuivre le travail d’interprétation
  • oublier est important: la mémoire est sensible aux “reliefs” des temps passés, aux “évènements marquants” et aux “ruptures constructrices”, la traversée des plaines monotones peut être oubliée; exemple: les moments de ma vie professionnelle assez routiniers pour que ce soient d’autres engagements qui aient rythmé mon histoire personnelle

et surtout

  • seule compte la mémoire vivante c’est à dire incorporée ou, si elle reste extérieure dans des archives personnelles, réincorporable facilement; le vieux dossier dont les documents “ne (me) disent plus rien” de bien important peut être jeté, car ou bien je ne les ouvrirai plus de mon vivant ou bien il seront jetés dès après ma mort et… il ne faut pas être trop encombrant pour les vivants ;-)

Une maison avec cave et grenier

11 juin 2008

Gaston Bachelard utilisait souvent la métaphore de l’espace de la maison pour explorer l’espace de notre esprit - par exemple dans la poétique de l’espace, 1957. A un interlocuteur qui lui avouait habiter en appartement, sans cave ni grenier, il disait en souriant tristement qu’il leur serait difficile de se comprendre!

Devant quitter un pavillon habité depuis plus de 30 ans, avec cave, sans grenier mais avec un vaste sous-sol enterré, véritable caverne d’Ali Baba pour nos enfants comme pour moi, je n’ai eu de repos de mon esprit qu’une fois tout identifié, trié et redistribué (jeté, recyclé ou vendu, donné ou replacé dans les caves de notre maison familiale).

Ce fut un processus que je n’ai pu accélérer trop, tant il mettait en péril la structure de mon “for intérieur” : il fallait que mon conscient, mes souvenirs perdus et retrouvés et mes inconscients soient d’accord entre eux. Quel bonheur et quel rajeunissement une fois qu’il s’est terminé sans trop de regrets!

Occasion pour moi de penser aux drames des départs dans l’urgence des catastrophes “naturelles” ou guerrières et aux seules vraies richesses qu’il faut pouvoir sauver: la mémoire construite par l’éducation, l’intégrité personnelle et la sagesse.

Ps 19(18),2-5.

30 novembre 2007

Les cieux proclament la gloire de Yahvé, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains.
Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.
Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende ;
mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde.

Quelques uns de mes maîtres trop tôt disparus

16 avril 2007

Humanités et bases scientifiques:

Nombre de mes professeurs
et aumoniers du Lycée Janson de Sailly

et en   et puis en   et enfin en
Astronomie:
Bruno Morando
Pierre Bretagnon
  Sociologie:
Pierre Bourdieu
AbdelMalek Sayad
  Informatique:
Jean-Pierre Cheiney
Jean-Bernard Lansac

Citation de Benjamin Franklin

28 janvier 2007

“Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends
trouvé 18 500 fois par Google !

“Tell me and I forget. Teach me and I remember. Involve me and I learn”
seulement trouvé 882 fois par le même Google…

Est-ce que Benjamin Franklin aurait inspiré plus de francophones que d’anglophones ?

J’ai retrouvé ma mémoire portative!

11 janvier 2007

N.D.L.R. J’appelle ainsi mes clefs USB (dans ma jeunesse portatif désignait ce que l’on pouvait porter sans effort, portable ce qui en exigeait un malgré des poignées pour en faciliter la manutention).

Voilà l’histoire:

Cet automne je devais faire un exposé - encore un! - avec diapos sur le système solaire à des enfants d’une école primaire de Privas (Ardèche). Une fois la préparation terminée j’avais sauvegardé images et autres documents avec tous ceux déjà présents sur celle de mes clefs qui ne quitte pas mon porte-clef, lequel est toujours accroché à mon pantalon, quelqu’il soit et où que j’aille. Et je suis descendu de ma montagne vers la ville où l’accueil et les questions des enfants m’ont rempli de joie.

De retour dans ma vieille maison j’ai repris le cours de mes travaux plus manuels. Le soir j’ai réalisé que la clef n’était plus sur moi ni ailleurs autour de moi. Perdue elle était, éperdu j’étais. Ma mémoire était amputée! Certes nombre des objets que contenait la clef avaient des copies dans l’un ou l’autre de mes ordinateurs personnels ou professionnels, consoles, portables ou portatifs, mais quelle dispersion tout à coup!

Mes recherches sur le parking et dans l’école furent vaines et mon deuil j’en fis. Non sans me promettre de ne plus ainsi dépendre trop de telles prothèses de ma mémoire vive et plus humaine. Je ne dis pas vive le papier et l’imprimante photographique, mais vive les structures associatives complexes de ma mémoire humaine que mes collègues expert en intelligence artificielle et sciences cognitives explorent et tentent d’imiter. D’ailleurs “ne vivons-nous pas dans un monde où trop d’appareils et de robots nous concurrencent et blablabla etc…” ? Bref cet incident fut pour moi la cause d’un rebondissement salvateur: vive la mémoire et l’intelligence humaine, même si l’âge menace de me les diminuer!

Epilogue:

Un habitant de ma montagne, belle jeune fille de surcroît, bergère parfois, a trouvé près du réservoir d’eau, au milieu du champ des moutons où je me promène souvent, puis rapporté en sa maison un curieux aérolithe, objet non identifié, que son père a toutefois reconnu dans sa fonction technologique de “volume disque” et dont le nom, le mien, est apparu soudain sur l’écran de son ordi (n’allez pas croire que dans les Monts d’Ardèche tout le monde n’a pas son PC !). J’ai appris hier ce retour de ma mémoire vagabonde, je ne sais comment nous allons nous recoller tous les deux ;-)

La vitesse du temps!

10 janvier 2007

Concept “horrifique”! Le temps n’est-il pas une dimension de la vitesse?

Evidemment c’est de la vitesse du temps subjectif qu’il s’agit, comme en ont si bien parlé des philosophes comme Saint Augustin et Maurice Halbwachs.

Je tente une définition: appelons “vitesse du temps subjectif” le nombre d’évènements enregistrés dans la mémoire d’un sujet rapporté à une unité de temps.

Deux commentaires:

  • seuls les évènements enregistrés comptent, et non les multiples messages reçus en flux continu mais pas tous “notés”, enregistrés; comment se fait la sélection des messages “notables”, selon quels critères, d’importance, d’utilité, de ressource mémoire ? ceci est une autre question relevant de la philosophie du sujet
  • on pourrait valablement remplacer “évènements enregistrés” par “signaux d’interruption”; les interruptions pour un sujet humain déclenchent des procédures d(e ré-)ordonnancement tout comme pour les machines

Il me semble que cette définition rend valablement compte du sentiment rétrospectif d’un temps qui “s’est accéléré” chez les personnes soit qui se désengagent du cours de la vie sociale, soit dont les ressources mnémoniques diminuent.

N.B. on trouvera des échos de cela dans la littérature… gérontologique ;-)

Souvenir d’Apollinaire

14 décembre 2006
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

  L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure


Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

“Le Pont Mirabeau”
Apollinaire, Alcools (1912)

Fiche “BacFrançais”
enregistrement de la voix d’Apollinaire lui-même!